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Vers la fin (de la neutralité) d’Internet ?

Le 14 décembre 2017, la FCC[i] a officiellement mis fin à la neutralité du net. Hurlements du côté des « défenseurs des libertés » pro-neutralité, cris de joie du côté des « défenseurs des libertés » anti-neutralité. Cette décision n’est pourtant qu’un symptôme : la toile craque sous le poids des géants du web.

Le postier libre dans le monde libre

Revenons aux origines : Internet était un petit réseau reliant des utilisateurs de taille comparable, souvent à la fois clients[ii] et serveurs[iii]. Le réseau est conçu pour dissocier complètement la couche physique (transmission des informations) du transport (adressage, routage) et de l’information transmise. Pour prendre une image, n’importe quel colis bien adressé peut aller n’importe où en passant par un nombre indéterminé de bureaux de poste, qui communiquent entre eux comme bon leur semble (avion, barque, etc.). Implicitement, le postier n’avait pas le droit de discriminer le colis selon son origine, sa destination, son poids ou son contenu, par exemple en forçant les gros colis à prendre le bateau. Cette neutralité de fait d’Internet a permis son essor face aux réseaux concurrents.

Mon postier est surchargé

La neutralité de principe n’existait pas avant 2004, car elle allait de soi dans un réseau décentralisé. Quand la FCC adopte une déclaration sur la neutralité du net, il s’agissait déjà de sauver ce principe dans un réseau en cours de centralisation.

Les états, renseignement et justice en tête, ne pouvaient pas laisser cette immense cour de récréation sans surveillance. Avènement des pandémies informatiques, expansion du crime ou du simple délit contre le droit d’auteur : Internet devait être surveillé et censuré au besoin. Même les plus grands défenseurs de l’Internet Libre n’ont rien vu à redire. Certains hypocrites craignent une censure extra-légale par les opérateurs privés avec la fin de la neutralité. N’est-ce pas déjà le cas ? L’affaire Stormfront évoquée dans nos colonnes n’est pas autre chose, au nom de la lutte contre les discours de haine. Que dire des réseaux sociaux, véritables sous-réseaux d’Internet, qui censurent à tour de bras ?

Les nouveaux usages d’Internet ont polarisé le réseau : une multitude d’utilisateurs ne fournissant aucune ressource consommant des plateformes toujours plus fréquentées. Pour relier plusieurs villages autonomes, un réseau de petites routes fonctionne très bien. Autour d’une grande ville, vous devrez créer des autoroutes, des ponts, des métros. Internet fonctionne de la même manière. La polarisation crée de la centralisation, qui crée des coûts d’infrastructure.

L’infrastructure d’Internet est gérée par des transiteurs, dont les FAI[iv]. Ils doivent dimensionner la taille des tuyaux au volume qui y circule. Avec la neutralité du net, ils n’ont pas le droit de ralentir ou bloquer un flux sur la base de son contenu, de sa source ou de sa destination. Les transiteurs se voient obligés d’accepter le tout-venant et de dimensionner leurs infrastructures en conséquence. La neutralité du net a un effet pervers : elle permet un chantage des plateformes envers les transiteurs. Un exemple : YouTube est très apprécié des utilisateurs, qui se plaignent auprès de leur FAI à la moindre lenteur (« je paie pour ça »). Le FAI fait pression sur le transiteur pour augmenter la taille du tuyau le reliant à YouTube. Le transiteur doit réaliser des investissements assez lourds auquel YouTube refuse de participer, arguant que le tuyau bâti pour lui est neutre, donc théoriquement utile à tous. Les abonnements à la carte étant interdits par la neutralité du net, le coût est globalement répercuté sur l’utilisateur final.

Internet : une ressource

La fin de la neutralité du net va coûter cher aux plateformes comme YouTube ou Netflix, obligées de partager la facture de transit avec les utilisateurs qui les regardent. Pour la France, ce sera la seule conséquence de cette décision américaine, à moins que les autorités européennes ne décident d’en finir elles aussi avec la neutralité du net.

La fin de la neutralité est un symptôme de l’internet-marché : un portail de services à la carte. 5€/mois pour YouTube, 10€ pour Google, ne laissant pas de place en dehors des géants prêts à payer pour y figurer. L’utilisateur possèdera un simple terminal, sorte de smartphone verrouillé où l’on ajoute des applications.

L’avenir d’Internet est sombre, mais il est tout à fait probable qu’un autre réseau le remplace dans les années à venir. Il devra éviter les trois écueils qui tuent Internet : régulation des géants qui déstabilisent physiquement le réseau (GAFA, mais aussi FAI obèses), chiffrement intégral des échanges pour éviter les intermédiaires trop curieux et atténuation de la dichotomie client/serveur (P2P, réseau distribué).

La liberté du réseau a un prix, incompatible avec sa centralisation.

[i] Federal Communications Commission, l’autorité régulatrice des télécoms aux USA.

[ii] Le client demande une ressource sur le réseau

[iii] Le serveur fournit une ressource à la demande

[iv] Fournisseurs d’accès à Internet

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Manhunt : Unabomber

Quand on traite de l’affaire Unabomber, la médiocrité n’est pas permise. Sauf à vouloir enterrer politiquement le personnage, il est impensable de peindre l’auteur de « La société industrielle et son avenir » sans évoquer les idées qu’il défend. La série a fait le choix d’occulter le fond au profit d’une analyse psychologique fade et improbable.

Enfant solitaire, adolescent trahi, jeune génie manipulé par le fumeux projet MKUltra : le cursus honorum du génie du mal transforme Kaczynski en cliché. Le procès final est une synthèse de pitrerie sans lien avec le réel où des protagonistes grotesques viennent ôter sa dignité à un personnage malmené. Le vrai Kaczynski doit enrager dans sa cellule.

Le personnage de Jim Fitzgerald sauve la série. Ce policier modèle à l’intuition perçante finira par coincer Unabomber en habitant le personnage. Obnubilé par l’affaire et par le Manifeste, il devra refuser d’être un rouage obéissant et penser différemment pour réussir. Il en paiera le prix : l’exclusion sociale.

Enzo Sandré

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La guerre des intelligences – recension

Le Dr Alexandre vient de publier un livre afin d’alerter la France endormie du danger de l’Intelligence Artificielle (IA). A l’heure où la Chine et les USA colonisent numériquement le monde, la France a-t-elle encore une chance de peser ? Si oui, faut-il obligatoirement signer un pacte faustien avec la Machine ? C’est à cette réflexion terrifiante mais passionnante que nous invite Laurent Alexandre.

Repenser l’intelligence

La thèse centrale du livre est la nouvelle définition de l’intelligence dans la société  l’information. Les gigantesques masses de données nécessaires à quiconque prétend peser dans le monde d’aujourd’hui ne peuvent déjà plus être traitées par le cerveau humain seul. L’homme a besoin de béquilles algorithmiques pour s’y retrouver. L’intelligence de demain sera en réalité un « coefficient de complémentarité avec l’IA », afin que cette dernière reste un outil et ne devienne pas la maîtresse.

La France part désavantagée de la course au QI, déjà sprintée sans aucune barrière éthique par la Chine. Sans même parler d’eugénisme ou de transhumanisme, débats esquivés depuis des années dans l’Hexagone, nous traînons un vieux boulet : l’école à la française. Tiraillée entre le pédagogisme imbécile et une volonté rétrograde de retour aux Hussards Noirs, elle peine à former les élites de demain.

Les horreurs de la démocratie

Le trait extrêmement noir de la seconde partie du livre (2035-2060) laisse un sentiment de frustration : Laurent Alexandre explique à quel point la logique égalitariste, progressiste et démocratique, incontournable en France depuis 1789, nous happe dans les engrenages terrifiants du transhumanisme.

Comme pour la GPA aujourd’hui, les barrières éthiques de notre civilisation seront contournées à l’étranger. Les plus riches auront accès aux techniques d’amélioration du QI et aux augmentations physiques dans les 50 ans. Dans une France jalouse d’égalité, le différentiel entre les « augmentés » et les autres paraîtra insupportable dans l’opinion. Les augmentations prises en charge par la sécurité sociale seront la dernière promesse électorale à la mode.

Le scénario glacial du jeu Deus Ex : Human Revolution n’est pas loin, avec son cortège d’esclaves s’aliénant pour être employables et autres démiurges augmentés à l’extrême.

Futurologie et science-fiction

La troisième partie du livre (2060-2080) ambitionne d’éclairer des scénarios possibles. Sans doute le livre aurait-il pu s’achever ici. L’auteur relaie des scénarios déjà explorés : la Fondation d’Asimov, le Meilleur des Mondes d’Huxley, Computer God de Black Sabbath, Matrix ou bien Gattacca. Autant s’abreuver directement à la source.

L’évocation de ces scénarios par un influenceur comme Alexandre a tout de même son intérêt : il alerte sur leur possibilité, même marginale et invite à déterminer l’avenir de notre civilisation. Ellul l’avait écrit avant de mourir : dérouler le fil de la Technique en s’interdisant toute interrogation est périlleux car d’autres récupéreront le pouvoir de décider à notre place : milliardaires « philanthropes », dictateurs « éclairés » ou simplement l’opinion aveugle du troupeau. Entamons une réflexion technocritique donc politique. Comme le dit l’auteur pour conclure son ouvrage : « Nous aurons l’IA que nous méritons ».

Enzo Sandré

Cet article est une recension du livre de Laurent Alexandre. Le format papier impose la concision, peu aisée pour traiter d’une œuvre aussi riche. Un article plus long, au format blog et au ton plus personnel reprendra point à point mes critiques.

Laurent Alexandre, La Guerre des intelligences
Intelligence Artificielle versus Intelligence Humaine

JC Lattès, 04/10/2017 20,90€

EAN : 9782709660846
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Les « alternet » sont-ils viables ?

S’estimant privés de leur liberté d’expression, les groupes d’alt-right américains s’organisent face à la censure des géants de la Silicon Valley, très marqués à gauche. Posséder son propre serveur n’est aujourd’hui plus suffisant : les entreprises gérant l’infrastructure d’Internet n’hésitent pas à filtrer jusque dans les couches les plus basses du net : déconnexion de serveurs, retrait de noms de domaine, etc. Stormfront et The Daily Stormer, deux sites d’information de l’alt-right ont eu leur domaine retiré. Le site d’écoute musicale Spotify, le site de rencontre OkCupid et Paypal bannissent les prétendus « nazis » hors du web. Facebook et AirBnb ont supprimé les comptes liés à la manifestation de Charlottesville. Des centaines de comptes Facebook et Twitter sont suspendus chaque jour, y compris en France.

Pour l’instant, la censure extra-judiciaire ne concerne que les terroristes et « la haine », réelle ou soupçonnée. Les hypocrites défenseurs de la neutralité du net peuvent donc encore faire semblant de croire que cette dernière, morte depuis des années, existe toujours.

Une réussite très élitiste

Le réseau social Gab , fer de lance de la contestation, a proclamé le 10 août dernier la naissance de la « Free Speech Tech Alliance ». Cette alliance de professionnels doit permettre à terme la création d’un véritable « Alternet » : une partie d’Internet débarrassée de la Silicon Valley et de sa censure morale. Sur le papier, le projet sonne bien, mais sa viabilité est questionnable.

D’autres ont essayé avant eux, la réputation sulfureuse en moins. Depuis les années 90 les groupes crypto-anarchistes combattent l’Internet centralisé qui a accouché des fameux GAFA. Leur credo ? Les méthodes de chiffrement utilisées massivement doivent permettre la protection des échanges. Si vous envoyez un message chiffré, ce message est suspect pour d’éventuels attaquants, qui tenteront de le déchiffrer. Si vous chiffrez tout jusqu’à votre liste de courses, le volume de données sera trop important pour être traité.

Le succès de ces activistes est mitigé, malgré leur présence très importante dans le monde du logiciel libre. C’est une réussite technique très élitiste : l’essor des crypto-monnaies, des réseaux cachés, des darknets et des blockchains le prouve. Leurs seules réussites « grand public » sont la généralisation du protocole web chiffré HTTPS (car largement soutenu par la banque et le e-commerce) et la généralisation de messageries instantanées supportant le chiffrement de manière limitée (Telegram, Messenger …)

Difficile de réformer internet

Le projet de la Free Speech Tech Alliance est plus ambitieux. Une poignée de militants peut parfaitement communiquer à l’insu des services de renseignement, Daech et les fameux « hackers russes » de la campagne américaine l’ont prouvé. Pour toucher un public plus large, donc bien moins formé, il faut des outils plus conviviaux, ayant une certaine masse critique pour se faire connaître, mais surtout contrôlant toutes les couches du réseau.

Les réseaux informatiques fonctionnent comme un empilement de couches techniques (modèle OSI). La plus basse est la liaison physique, le signal électrique, lumineux, radio qui permet d’acheminer les données. La plus haute est constituée des programmes utilisant le réseau. Chaque couche est en principe indépendante des autres : on peut faire passer la même information par différents chemins sur le réseau, utilisant diverses technologies (fibre, ADSL, 4G) sans que cela change quoi que ce soit à l’arrivée.

Celui qui contrôle les couches les plus basses peut toujours censurer les couches au-dessus. Coupez le câble réseau, l’application la plus performante tombe. Un site Internet, un service de noms de domaine (DNS) se situent tous sur la dernière couche du réseau. Les géants du net contrôlent les couches inférieures : ils peuvent censurer à volonté.

Si l’alt-right a pour ambition de créer son propre safe-space sur Internet, elle devra bâtir toute une infrastructure. Elle doit donc posséder à minima : ses hébergeurs[1], ses bureaux d’enregistrement de noms de domaine[2], ses autorités de certification[3], ses fournisseurs d’accès à Internet[4] et ses transiteurs de contenu[5]. Tous ces acteurs doivent être utilisés par une certaine masse de sites lambda afin d’être indispensables à la vie d’Internet et ne pas se faire censurer. S’ils ne sont utilisés que par l’alt-right, ils seront rapidement mis au ban d’Internet. Chacun de ces acteurs nécessite des millions de dollars d’investissements, plusieurs années de dissimulation et des centaines de professionnels. L’alt-right a-t-elle les épaules de ses ambitions ?

Je n’ai évoqué ici que les cas des USA. Dans les pays où l’état se mêle de liberté d’expression comme en France, il faut aller bien plus loin, parfois contre la loi ce qui rend toute solution grand public complètement irréaliste. Dans notre pays, l’Internet libre ne sera toujours qu’un fantasme. Sauf changement politique radical, la liberté d’expression ne pourra qu’être le luxe d’une avant-garde de techniciens.

Enzo Sandré

[1] Mettent des machines connectées 24/24 à disposition de clients : sites Internet ou logiciels divers.

[2] Permettent de retrouver une ressource à partir d’un nom simple à retenir : enzosandre.fr par exemple

[3] Délivrent des certificats permettant de s’assurer qu’un contenu est bien émis par qui de droit

[4] Connectent les particuliers au réseau Internet, ils sont la première ligne de la censure.

[5] Les « plombiers » du net : ils connectent tous les acteurs ci-dessus entre eux via de vastes réseaux régionaux

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Se priver de machines pour un ascétisme moderne

Cet article est une recension du livre de l’abbé Philibert Rigaut, Le Bon Travail, publié aux éditions de Chiré


Jacques Ellul avait théorisé la non-puissance comme remède à la toute-puissance de la Technique sur nos vies. Cette solution est acceptable pour le protestant Ellul, elle ne saurait l’être pour un catholique : on se sanctifie en société et se couper du monde n’est aucunement de la charité. On attend encore une réponse catholique à la maladie technicienne. L’abbé Philibert Rigault dans son livre « Le Bon Travail », paru chez Chiré a le mérite de faire un premier pas dans ce sens.

« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » : tout l’ouvrage est centré autour de cette injonction divine tirée du livre de la Genèse. L’abbé Rigault en tire le raisonnement suivant : Dieu est omnipotent, il pourrait créer de rien ce que les hommes font de leurs mains. S’Il veut que les hommes travaillent, il doit y avoir une raison. Dieu est amour : cela doit forcément être pour nous rapprocher de Lui.

La machine permet à l’homme de réaliser sans effort un travail. Si la machine est moralement neutre, son usage peut parfois aller contre l’injonction divine, la rendant mauvaise.

Pour l’auteur, la vision du travail a changé à l’âge industriel. Nous sommes passés d’une société de bâtisseurs de cathédrales se sanctifiant par le travail à une séparation du temps de travail et du temps d’élévation spirituelle. Ce dernier est fréquemment remplacé par des loisirs, rendus nécessaires par un labeur aliénant et éreintant. L’homme moderne trouve normal de s’abrutir tout le jour pour gagner sa croûte, puis d’employer le temps restant à en réparer les dégâts physiques et spirituels.

L’abbé Rigault appelle les fidèles à faire de la privation des machines un ascétisme moderne, s’ajoutant au jeûne et à la prière. Chaque fidèle est appelé à faire des sacrifices, à remplacer la machine par l’humain dans un aspect de sa vie : labourer à la main plutôt qu’au motoculteur, renoncer à la voiture pour les petits trajets, rencontrer les gens plutôt que de leur téléphoner ; bref recréer un dialogue avec le réel.

On regrettera cependant que ce petit opuscule brillant soit entaché de formules repoussoirs dont seule la Fraternité Saint-Pie-X a le secret. L’excès gâche un raisonnement pertinent : si votre enfant allume lui-même la lumière, il est mal élevé ; de mon temps le nourrisson jouait avec une vieille casserole et c’était mieux ainsi et tutti quanti.

Enzo Sandré


Cet article est une recension du livre de l’abbé Philibert Rigaut, Le Bon Travail, publié aux éditions de Chiré

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Le vice-amiral Coustillière se fiche des backdoors

La nomination du vice-amiral Coustillière comme DGSI[1] du MINDEF est mal passée auprès de certains experts français de la cybersécurité. En cause : une déclaration datant d’un an dans laquelle le gradé déclare que les principales failles de sécurité ne viennent pas des portes dérobées[2] introduites dans les logiciels de Microsoft et qu’il « se fout de ce débat ».

Au-delà de son manque de subtilité, l’Amiral n’a peut-être pas tort. Dans le cadre de l’OTAN, nos systèmes militaires n’ont en théorie rien à craindre des américains, nos « amis ». Il est même plus utile que tous les pays alliés travaillent sur une base logicielle commune.

Si la souveraineté de la France intéresse tant les experts de la cybersécurité française, qu’ils demandent d’abord la sortie de l’OTAN, ils n’en seront que moins hypocrites.

Enzo Sandré

[1] Directeur général des systèmes d’information

[2] Failles de sécurité intentionnellement introduites par l’éditeur du logiciel, notamment sur demande de services de renseignement (NSA, CIA …)

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Emprisonnons les mauvais développeurs

 Dans toute profession, on peut voir le travailleur de deux manières. Soit on le considère comme un ouvrier, simple paire de bras reliée au cerveau de son chef. Soit on le considère comme un artisan, humain constitué d’un encéphale fonctionnel relié à une paire de bras.

Ce débat peut paraître lointain, mais quand on pose cette question à propos d’une profession qui dirige le monde, elle prend une gravité certaine. La condamnation vendredi 25 août du développeur James Liang, à 40 mois de prison et 200 000€ d’amende pour son rôle dans l’affaire Volkswagen le montre.

Soit on considère le développeur comme un exécutant, donc irresponsable de ce que son donneur d’ordre lui demande.

Soit on le considère comme un artisan, responsable de ses actes et des effets des monstres qu’il créé.

Préférez-vous confier votre pacemaker, votre voiture autonome et votre centrale nucléaire à des professionnels du développement ou à des esclaves du capital ? Les premiers obéissent à des règles de l’art ainsi qu’à une éthique. Les seconds obéissent aveuglément à leur chef, qui n’y connaît rien et ne jure que par la rentabilité.

La conséquence directe de ce choix est le droit ou non des développeurs à se diriger eux-mêmes. Un ouvrier n’a aucune compétence propre, il est une paire de bras. Il n’a pas de devoirs, donc pas de droits non plus. Son rôle social est au mieux celui d’un syndiqué se battant pour des conditions de travail décentes.

Un artisan est un professionnel qui a le devoir de produire un travail bon et utile à la société, il doit donc exiger des droits allant dans ce sens. Le premier est celui d’être protégé par des normes que nul ne peut ignorer : les règles de l’art. Le second est celui d’être jugé en première instance par ses pairs, sur la base desdites normes. Le troisième est celui d’être défendu et conseillé par les maîtres de sa profession, y compris face à son donneur d’ordres lorsque l’éthique professionnelle est en jeu.

Si notre ami James Liang avait eu un corps de métier pour le défendre face aux exigences frauduleuses de ses supérieurs, aurait-il accepté de trafiquer les véhicules ? Isolé, le lanceur d’alertes risque le licenciement, la ruine et la prison. Les règles de l’art opposables protègent le professionnel, elles ne sont pas un carcan. Le but premier d’un corps de métier est la diffusion de celles-ci afin que nul ne puisse les ignorer.

Une société qui interdit les ordres professionnels n’a pas le droit de se plaindre des méfaits de travailleurs toxiques. Au pire malhonnêtes, au mieux sans défense face aux exigences de leur hiérarchie, ils sont la conséquence de la recherche du profit à tout prix. Les premiers doivent être jetés en prison, les seconds doivent être défendus et accompagnés.

Derrière la question de la responsabilité des travailleurs devant leurs actes, deux visions de la société s’opposent : la première bâillonne l’éthique au nom de la rentabilité, pavant la voix à une véritable voyoucratie du capital. La seconde jugule les pratiques néfastes au nom de l’éthique et du bien commun. Avènement de corporations servant le bien commun, ou triomphe du Capital. Aucune autre alternative n’existe.

Enzo Sandré

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La Puissance moderne

Recension d’un ouvrage de Raphaël Chauvancy – La Puissance moderne, aux éditions Apopsix


Retournons à une période clé de notre histoire : le règne de Louis XVI. La France est devenue la première puissance mondiale, grâce à une ambitieuse politique de guerre économique. Son armée de terre est la plus puissante d’Europe et les efforts de Vergennes ont porté leurs fruits sur mer : la flotte française pèse suffisamment pour infliger de sérieux revers à la perfide Albion, entamant son commerce sur la route des Indes. On le sait depuis Thucydide : on ne peut vaincre une puissance maritime que par la mer.

La diplomatie de la France est une merveilleuse machine à créer l’équilibre. Ayant bien compris qu’une puissance détruite cherche à se venger, la France réussit par de subtils jeux d’alliance à contenir les visées déraisonnables de ses voisins. Le royaume est allié à l’Espagne, par le sang, à la Hollande par anglophobie et à l’Autriche, par ruse.

A l’exception notable du redressement de la Royale, tous ces succès ne sont hélas que l’œuvre d’habiles et patients ministres. Louis XVI savait s’entourer pour compenser sa bonhommie. Les qualités qui font un admirable humain sont hélas des marqueurs de faiblesse pour un souverain, qui ne peut se permettre la gentillesse. La realpolitik française est morte avec Vergennes, quand le Bon Louis jugea pertinent de faire arbitrer la guerre civile en cours chez son allié Hollandais par l’Angleterre et la Prusse. Tout le jeu d’alliance français s’est effondré comme un parcours de dominos après cela. Ce fut le premier clou sur le cercueil de la dynastie Capétienne.

La France de Louis XVI était une cocotte-minute prête à exploser. La paix venait de la prospérité, car chacun avait d’excellentes raisons d’espérer mieux pour ses enfants. La Royale en pleine expansion était le formidable ascenseur social que l’armée de terre, sclérosée par la noblesse, avait cessé d’être. Le commerce florissant occupait les bourgeois, les détournant de leur jalousie envers les nobles. Le peuple était occupé à assimiler les techniques nouvelles, découvertes en France ou pillées aux Anglais par les agents de la guerre économique française. Hélas la prospérité était un exutoire, non une solution. La débâcle diplomatique provoquée par Louis XVI après la mort de Vergennes allait siffler la fin de la trêve intérieure.

La diplomatie équilibrée de la France, trop novatrice à l’époque où la puissance se comptait en hectares, n’avait pas valu au royaume que des amis. L’Europe n’aimait pas cette France médiatrice et pacificatrice, qui frustrait leurs envies de conquête. L’Angleterre avait échappé de peu à la perte de son statut de première puissance maritime. L’Europe fut trop heureuse de jeter de l’huile sur le feu pour embourber la France dans une révolte intérieure.

Toutes les composantes de la société française avaient des raisons de vouloir un changement radical. Louis XVI, grand conciliateur dans l’âme et montagne de bonté se trouvait bien seul à Versailles pour gérer une situation nécessitant de la poigne. Il fut incapable d’être le chef fort dont les français avaient besoin et le paya de sa vie. Telle une étoile en fin de vie, la France s’embrasa violemment, utilisant les réserves patiemment construites par la monarchie dans un grand éclat qui allait détruire l’Europe et laisser notre pays exsangue. La puissance accumulée par la France ne fut jamais autant visible que pendant sa chute.

Le livre de Raphaël Chauvancy explique à merveille les clés de la puissance française à l’aube de la Révolution. Très facile d’accès il n’en est pas moins très complet.

Enzo Sandré

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Google au secours des obèses de l’Internet

QUIC, SPDY et maintenant BBR. Les initiatives de Google sont louables, mais vaines.

Pour prendre une image : C’est comme agrandir les portes pour laisser passer les obèses. Quand ils auront encore grossi ils ne passeront plus. De plus l’agrandissement des portes n’apporte rien aux gens bien-portants et peut même en inciter certains à se laisser aller puisqu’il est aussi facile de vivre obèse que sain.

La seule solution pérenne capable de sauver la neutralité du net et Internet en général, c’est de dégraisser.
Non, une page web de 1Mo n’est pas normale. En comparaison, les œuvres complètes de Shakespeare pèsent 100 fois moins !
Même une vue Google Maps ne dépasse pas 500ko.

Mais pour ça encore faudrait-il que les développeurs web se forment à ne plus être des porcs. Il faudrait d’abord qu’ils aient conscience d’être d’ignobles saligauds, ce qui pose la question de créer un label de qualité, voire de réglementer l’accès à la profession pour les pires d’entre eux.

Salopez le serveur avec votre code bancal c’est vous qui payez, mais ne refilez pas votre chtouille au client. Si votre site ne peut pas être chargé en moins de deux secondes par la mamie du Cantal sur son ADSL (1Mb/s) c’est de la merde. Point, fin du débat.

Les administrateurs réseau se cassent le cul depuis 20 ans à accélérer le web. La seule réponse des devs web a été d’alourdir encore les pages. C’est comme si les constructeurs automobiles avaient profité de la sobriété en carburant des nouveaux moteurs pour créer des bagnoles à 24 cylindres.Très responsable comme comportement.

Je n’épargne pas les graphistes, qui ont pris tellement de drogues ces dernières années qu’une page doit à minima avoir 3 carrousels et 2 images en 4K et 18 feuilles de style pour être considérée comme belle. Même Pieter Bruegel faisait moins chargé que vos bouses.

Lussato avait averti dans les années 80 : soit l’informatique s’amende, s’allège et privilégie les microsystèmes décentralisés, soit elle crèvera de sa centralisation et de son obésité, devenant le jouet exclusif de quelques multinationales. Et ce sera bien fait.

Enzo Sandré

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Simone Veil : Se protéger quand la censure frappe

Le 30 juin 2017, jour de la mort de Simone Veil, un visuel aux airs d’hommage est diffusé sur les réseaux sociaux. Il indique un site simoneveil.com, dénonçant très subtilement l’avortement de masse comme un abus non désiré par la défunte. Le groupe anti-avortement Les Survivants avait préparé son coup bien à l’avance puisque le nom de domaine a été réservé le 7 septembre dernier.

Un cadre légal bafoué

Quelques heures après sa publication, le site des Survivants a été suspendu par l’hébergeur OVH, sans qu’aucune décision de justice ne l’ait autorisé à faire cela. Un coup de fil de l’avocat de la famille a suffi pour que l’hébergeur se couche devant les menaces, au mépris de la loi. Ca n’est pas la première fois que les Survivants essuient un tel revers extra-légal : la plateforme de cagnotte HelloAsso avait ainsi supprimé la collecte de l’association quelques jours auparavant.

Le droit français fait d’un site Internet une publication comme un autre, soumise aux règles relatives à la liberté d’expression. La censure d’un contenu doit obligatoirement être prononcée par un juge, lors d’une procédure classique ou en référé. Dans cette affaire, aucun juge n’a été saisi, ni pour atteinte à l’image de la défunte, ni pour délit d’entrave à l’IVG, ni pour diffamation.

La presse, qui se targue d’être la gardienne de la liberté d’expression et de l’état de droit© s’est unanimement félicitée de cette décision. Certains sites insoupçonnables d’incompétence comme Numerama ont même sciemment menti. En jouant sur une nuance imperceptible par le profane, ils expliquent que le site n’a pas été censuré, mais que le nom de domaine simoneveil.com l’a été au motif qu’il utilise le nom et l’image de la défunte sans autorisation.

Cela est faux : le nom de domaine n’a pas été suspendu et fonctionne toujours. Quand l’internaute tente de se connecter le message signifie implicitement que l’hébergeur OVH a suspendu le site. Dans le cas contraire une erreur « Adresse Introuvable » aurait été affichée comme  si vous saisissiez une adresse inexistante (exempledesiteinexistant.com par exemple). Les domaines .com appartiennent à l’ICANN, une autorité administrative américaine avec ses propres règles, qui n’a que faire des caprices d’un avocat parisien. Le motif n’est pas invalide pour autant : les Survivants pourront ultérieurement se voir retirer le domaine, après de nombreux mois et une longue procédure.

Se protéger face à la censure

En France, un hébergeur peut violer la liberté d’expression et être félicité par la caste journalistique. A cela s’ajoutent des lois à la légitimité discutable, comme le délit d’entrave numérique à l’IVG ou une vision très large de l’incitation à la haine. Il peut parfois être légitime de prendre des mesures contre la censure afin de poursuivre de combats nécessaires au bien commun.

Pour censurer, la justice dispose de quatre angles d’attaque : suspension du contenu chez l’hébergeur,  suspension du nom de domaine, condamnation pénale du responsable éditorial et blocage administratif. Chacune de ces mesures obéit à un cadre légal bien précis, dont il suffit de sortir pour échapper à la loi.

Ce qui est arrivé aux Survivants est une suspension de contenu. Elle n’est possible qu’auprès d’un hébergeur français ou ayant des accords judiciaires avec la France. Si les Survivants décidaient d’héberger leur site aux U.S.A, au Cameroun ou en Corée du Nord, le site fonctionnerait de nouveau normalement.

La suspension de nom de domaine est plus complexe, mais on peut esquiver le problème. Si un nom de domaine est bloqué, un autre peut être facilement acheté, puis à nouveau un autre. Le site T411 a survécu des années comme cela grâce à la lenteur des procédures administratives. Exemple : simoneveil.net.

Un responsable éditorial ne peut être condamné que s’il est soumis à la loi française. L’utilisation de prête-noms étrangers est une solution abordable. Renseignez-vous impérativement auprès d’un avocat, la loi française a pris des mesures contre ces pratiques.

Le blocage administratif sert à l’état lorsqu’il a épuisé les autres recours. Il s’agit d’un blocage du site chez le FAI de l’internaute, au moment de la consultation. Il empêche la consultation par tous les internautes n’ayant pas de connaissances techniques étendues, ce qui est redoutable. TOR est le moyen le plus connu de contournement.

Au nom de bons sentiments ou d’idéologies moralisatrices, états et entreprises se permettent de châtier le mal-pensant, censurant à tour de bras. Il est important pour tout créateur de contenu de connaître des contre-mesures. A ceux qui pensent que la neutralité du net et la liberté d’expression tombent du ciel, nous répondons par la phrase de Maurras : « Les libertés ne s’octroient pas, elles se prennent ».

Avertissement : Ce court article ne saurait être exhaustif ou exact : prenez contact avec un spécialiste (technique et juridique) avant de mettre en œuvre de telles solutions.

Enzo Sandré