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L’angoisse du sommeil

Cet article est un témoignage. Il n’a aucune valeur scientifique. Il n’a pas à être utilisé pour une quelconque revendication. Cela paraît évident, mais à l’heure d’Internet il faut le rappeler.

Je sais grâce à des tests génétiques grand public que j’ai de fortes chances d’être un couche-tard. Je n’ai pas attendu ce test pour m’en douter, mais poser un mot sur cette angoisse du lever qui m’a suivie de l’adolescence jusqu’à la fin de mes années de salariat me soulage.

La vie dans une société matinale

Mes années lycée furent les pires de ma vie.

Biologiquement, je suis inapte au travail intellectuel avant 10h du matin et suis incapable de m’endormir avant 1h, mais bien reposé je peux travailler jusqu’à 23h.

Le bus scolaire pour me rendre au lycée passait à 7h. Pour diverses raisons, je n’étais pas interne.

J’arrivais fatigué au lycée, au point d’avoir certains matins des rêves éveillés dans le bus. J’étais frustré de ne rien comprendre à des matières que j’appréciais au collège. De ne pas arriver à réfléchir de la journée, comme si j’avais un QI de 30. Je m’étais habitué à avoir une certaine aisance intellectuelle depuis la maternelle et là plus rien, le trou noir.

Le midi, je me gavais de sucre et de Red Bull stocké dans mon casier pour tenir le coup. J’avais parfois des emballements cardiaques, qui ne me perturbaient pas plus que ça à l’époque.

Le soir, à nouveau 1h de bus, puis le pire moment de la journée : les devoirs. Certains soirs mon cerveau disait stop, n’arrivant même plus à calculer une division simple ou à se remémorer un évènement historique.

Pour autant, je ne parvenais pas à m’endormir avant minuit, écoutant NRJ sur mon baladeur MP3. C’était mon seul moment de divertissement de la semaine. Les week-end servaient à éponger ma dette de sommeil.

Les vacances scolaires étaient une planche de salut, un radeau de fortune vite englouti à nouveau par une mer démontée. Ce calvaire a duré 3 ans.

EPSI BORDEAUX

Puis je suis devenu étudiant en informatique à Bordeaux. J’avais 16 ans, un petit appartement proche de l’école. Ma condition s’est améliorée. J’ai repris goût au travail intellectuel et à la vie sociale. Les cours commençaient à 9h, ce qui est acceptable, avec 30 min de trajet matinal à pied pour me réveiller. Lever : 8h15. Une chocolatine et un café sur le trajet à la boulangerie pour gratter la moindre minute de sommeil.

Gratter la moindre minute de sommeil.

Suite au traumatisme du lycée, c’était devenu une obsession. Retard savamment calculé pour être disciplinairement acceptable, micro-optimisation de la routine matinale, jusqu’à sécher certains cours avec des excuses douteuses pour gagner une heure dans la semaine : j’en étais là. Même les soirées, évènement indispensable de la vie étudiante, étaient acceptées, déclinées et écourtées en fonction de cet indicateur : quel impact sur la dette déjà importante de sommeil que je traînais ?

Mon addiction au sucre n’a pas cessé pendant mes études et le café s’est invité dans mes journées avec une consommation débridée pendant 2 ans (9 à 13/jour). C’était le prix que mon cerveau réclamait pour continuer.

L’alternance est venue se greffer à cette mécanique rodée, avec des semaines en entreprise où le lever était obligatoire et des cours devenus variable d’ajustement, donc de plus en plus fréquemment séchés le matin. Pour aller travailler, il fallait que je prenne la route et je ne compte pas les comportements dangereux à cause de la fatigue sur les boulevards. Il m’est arrivé plusieurs fois de somnoler au volant et de reprendre le contrôle in extremis sur l’autoroute en rentrant chez mes parents pour le week-end.

Vint la fin des études et le temps du travail. Plus d’excuses et d’absences faciles. Le retard matinal était plus ou moins accepté selon la culture de l’entreprise où j’étais amené à intervenir. La moindre minute de sommeil était comptée et recomptée, comme une pièce dans la bourse d’un avare. J’ai appris à haïr les daily, rituel agile commun dans les équipes de développement, sans aucune raison valable. Simplement parce qu’ils étaient en plein dans ma période d’éveil. Avec l’habitude, j’ai appris à conduire (sur la rocade, donc très dangereusement), dans un état de demi-sommeil.

En janvier 2020, c’était la mission de trop en ESN. Trop loin de chez moi, dans un environnement urbain que j’abhorre, avec des embouteillages, pour retrouver toujours les mêmes antipatterns 1000 fois constatés en entreprise. J’ai posé ma démission. Elle fut effective lors du premier confinement.

C’était terminé. Plus jamais ça. Le repos, enfin.

La joie simple de l’indépendance

Depuis que je suis indépendant, ma routine, que je ne cache d’ailleurs pas à mes clients, est de 10h-22h avec un pause le midi et le soir. Je n’ai jamais été aussi productif et apaisé de ma vie.

Parfois, mes missions d’enseignement ou d’installation sur chantier me font me lever tôt, parfois 6h00, parfois 8h00. Cela ne me pose aucun problème et je suis même heureux de casser la routine. Ce sont des missions courtes et j’ai amplement le temps de dormir après pour compenser. Même chose pour les soirées, où je peux passer un bon moment sans regarder ma montre.

J’ai perdu cette obsession de l’heure de sommeil.

Complètement.

Je réalise désormais d’où viennent ma phobie des missions longues et mon refus catégorique de la régie et du travail en équipe de développement. Outre l’immense liberté d’organiser mon emploi du temps, devenue indispensable avec un chantier de rénovation en cours, travailler avec des lève-tôt qui imposent leurs horaires, contractuellement ou par pression sociale, ne me convient pas.

J’ai pété les plombs à deux reprises et rompu le contrat de prestation à chaque fois. Les antipatterns expliquent mon choix, la phobie des horaires matinaux expliquent la brutalité à laquelle j’ai choisi de cesser les prestations.

Mon meilleur code est fait aux alentours de 20h, sur un fond de Graham Plowman ou de Russell Brower. C’est un fait que j’ai constaté et mesuré. Et à cette heure là, la plupart des gens normaux ne travaillent pas.

Je n’ai aucun problème avec les relations professionnelles au long cours. Mon plus ancien client date d’avant même la création de mon entreprise et la plupart de mes clients actuels remontent à plus d’un an.

J’ai en revanche horreur des horaires imposés au-delà de quelques jours. J’ai trop souffert et ça n’est ni dans mon intérêt, ni dans celui de mes clients, tant mon travail matinal est médiocre et mon humeur massacrante. J’y mets de préférence les paperasses ou les taches routinières comme les mails ou le nettoyage de code. J’ai arrêté de développer des features avant 11h, c’est à jeter presque à tous les coups.

Conclusion

Pink Floyd - The Marching Hammers - YouTube

Notre société a une norme concernant les horaires standards, calquée sur ceux de la majorité de la population, plutôt lève-tôt (et encore, je me demande si une étude à été faite, tant les articles de magazines féminins « 10 conseils pour se lever du premier coup« , scientifiquement débiles, pullulent) et monophasique (ce qui n’a pas toujours été la norme).

Loin de moi l’idée de contester une norme pour qu’elle s’adapte à une minorité. Ce n’est pas mon propos, une société fonctionnelle a besoin de normes et de codes sociaux. Mon témoignage a plutôt pour but :

  • De montrer aux couche-tard que dans certains métiers (les développeurs sont très privilégiés) il est possible de s’adapter, en devenant indépendant par exemple.
  • D’alerter les lycéens et étudiants de mon entourage : si vous êtes dans ce cas, réfléchissez dès maintenant au métier que vous allez exercer. Votre bonheur et votre espérance de vie en dépendent.
  • De témoigner, tout simplement, je sais que certaines personnes en ont besoin, pour mettre des mots sur ce qu’elles vivent.

Si je peux être utile à quiconque, qu’il me contacte.

Avertissement

Mon article ne se substitue pas à l’avis d’un médecin du sommeil.

  • Si vous vous levez fatigués malgré un temps de sommeil qui vous semble suffisant.
  • Si vous n’avez pas d’autre choix que de vous lever tôt et que vous devez forcer votre cycle (métiers du bâtiment, artisans, militaires, etc.)
  • Si vous avez des insomnies, donc que vous n’êtes pas vraiment « couche-tard », juste « pas endormi du tout ».
  • Pour tout autre trouble (alcool, excitants, etc.)

CONSULTEZ ! (un médecin du sommeil, pas un chaman, un rebouteux ou un dealer).

Enzo Sandré

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Se former en artisan

En entreprise, il est rare que l’on puisse choisir ses formations. L’anticipation des besoins par le management détermine souvent le calendrier. Chez l’indépendant et plus encore l’artisan, se former tient de l’exigence et de la discipline personnelle.

Préparation de boutures, en vue de créer des haies. Une des premières choses à faire en s’installant c’est de délimiter les espaces.

Avoir arrêté le salariat puis la régie m’ont permis de reprendre le contrôle de mon temps. Ne plus avoir un client à temps plein, mais plusieurs en parallèle offre de nombreux temps morts, de quelques heures à plusieurs jours. Les plus longs sont employés à renforcer mon autonomie. Quelque soit la saison, les travaux ne manquent pas. Les plus courts offrent moins de liberté. Sortir puis ranger les outils prend du temps. De surcroît, le cerveau déteste les changements de contexte et perd du temps à s’y retrouver. Mieux vaut donc rester dans le même type d’activité. La formation continue est une bonne candidate pour occuper ces espaces libres de moyenne taille, entre une demi-journée et une heure. En deçà, une pause reste le meilleur investissement.

Voilà réglée la question de « quand se former ». Mais que faire ? Je vous livre ma recette personnelle, sans prétendre avoir une quelconque autorité.

Je me forme en utilisant 3 familles de sources, chacun ayant sa propre temporalité. Ce diagramme résume grossièrement l’intérêt de chaque source. La science et les livres offrent un savoir solide, vérifié et souvent conçu pour durer. Ce n’est pas la priorité sur Internet, qui est plus volontiers un lieu de débats et d’essais. Ce schéma simplifie la réalité. Des blogs comme ceux de Mark Seemann ou de Martin Fowler n’ont rien d’éphémère et il n’est pas rare de voir un chercheur ou un éditeur publier sur le sujet à la mode. Comme tout modèle, ce diagramme est faux, mais utile.

La suite de ce papier présente chacune de mes sources de connaissance. Vous pouvez sauter directement à celle qui vous intéresse.

Les livres

Chaque métier a ses auteurs de référence. Le nôtre n’y échappe pas. Martin Fowler, Uncle Bob Martin, Osherove, Hunt&Thomas, etc. Je ne ferai pas la liste complète de ma bibliothèque pro, vous trouverez des listes de « Must have » à foison sur Internet. Un bon livre est une somme de savoir robuste, une brique de base dans la formation continue d’un développeur.

Le coût des ouvrages techniques est un premier frein à l’acquisition. 50€ n’est pas un prix exceptionnel pour ce genre d’ouvrages, gros et à faible tirage. Les plus demandés sont rarement disponibles d’occasion. Cet inconvénient est accentué pour les auto-entrepreneurs, qui ne peuvent pas acheter ces ouvrages net de TVA. Enfin, j’ai horreur d’annoter les livres, ce qui oblige à multiplier les post-it peu élégants.

Quelques classiques que je recommande.

Avoir des livres est obligatoire pour un développeur, on ne peut pas faire sans et tout savoir supplémentaire s’appuiera sur ce socle. Si vos étagères sont vides, je recommande de commencer par là. Ce n’est qu’ensuite que vous pourrez explorer ce que les chercheurs et les praticiens ont produit de plus récent.

Pour trouver des bons livres, j’ai deux méthodes : demander des recommandations dans la communauté et regarder les livres les plus cités dans les papiers scientifiques. J’ai ainsi de bonnes chances de ne pas investir dans des ouvrages décevants. Je me prive des dernières sorties, mais je l’accepte car ce n’est pas pour cela que j’acquiers des livres.

AvantagesInconvénients
Haute densité de connaissancesPrix élevé
Savoirs fondamentaux

Papiers de recherche

La collecte et la lecture de papiers de recherche représente environ 2/3 de mon temps de formation. Environ la moitié est de la lecture. Le reste est employé à suivre les références, classer, imprimer et télécharger les articles.

Les articles scientifiques sont complémentaires des livres : ils apportent des connaissances fraîches, tout en restant solides donc capitalisables sur le long cours. Toutefois, les articles ne sont pas à la portée de n’importe qui.

  • Un débutant aura mieux fait de lire les classiques et de pratiquer quelques années, sans quoi le savoir scientifique risque de lui paraître aride et très abstrait, faute qu’il ait rencontré des cas d’applications dans sa maigre expérience.
  • Un anglophobe n’aura simplement pas accès à 99,99% des papiers. L’anglais étant le latin de l’informatique, s’y mettre n’est pas une option.
  • Une personne non-familière avec le formalisme des articles scientifiques et les circuits de validation ne saura pas estimer correctement le degré de confiance à accorder à un article.

Ces précautions signalées, je vais partager ma méthode. Cela fait 3 mois que je la raffine et l’emploie avec succès.

Le classeur où je range les articles que je souhaite conserver.
  1. Tout commence avec une bête recherche Google Scholar sur des sujets très vagues. Plus ils sont vagues mieux c’est, nous verrons pourquoi ensuite.
  1. Les résultats arrivent par mail, j’effectue un premier tri selon le titre. Puis selon l’abstract. Je stocke les articles intéressants pour les imprimer par lots (je déteste lire sur écran des documents longs).
  2. Vient le temps de la lecture. J’effectue une première lecture superficielle rapide. Elle me permet de constituer 2 piles. La première sera relue plus en détail ultérieurement. La seconde ne servira qu’à en extraire les références intéressantes (c’est notamment le cas des méta-études, pas toujours utiles aux non-chercheurs).
  3. J’extrais les références de tous les papiers lus. Elles seront mêlées aux résultat de Google Scholar afin d’effectuer l’itération suivante. Les livres référencés sont notés dans un carnet. Le livre le plus cité a de fortes chances d’être commandé.
  4. Je classe les papiers que je souhaite garder par grands thèmes, avec pour chacun un post-it résumant son intérêt et éventuellement des marque-page. Ils sont intensément surlignés.

Un cycle complet prend environ une semaine. Je n’ai pas encore trouvé de méthode viable pour gérer les périodes d’intense activité scientifique. Pour l’instant les papiers non-lus s’accumulent sans constituer un inconvénient majeur. L’ordre de lecture est parfaitement arbitraire, je lis selon mes envies.

AvantagesInconvénients
Savoir solide, souvent vérifiéDifficulté de lecture
Les techniques de demainTri long et difficile

Vidéos, blogs et podcasts

L’avis des praticiens est chez moi la dernière famille de sources par ordre de priorité. Cela pour de nombreuses raisons :

  • Tenir une veille à jour est éreintant. Tout bouge très vite. Un bon outillage est nécessaire, mais il ne fait qu’atténuer légèrement la pénibilité du travail de sourçage.
  • La communauté produit beaucoup de bruit et de drama. Beaucoup d’éminents professionnels ont du mal à séparer leur expertise de leurs opinions tranchées, surtout lors des grands évènements politiques. Quand les canaux « opinions » et « expertise » ne sont pas distincts, même le meilleur outil de veille est englué dans le bruit.
  • Je trouve tout simplement mon bonheur dans les deux sources précédentes. La solidité des grands auteurs mâtinée des dernières découvertes des chercheurs est un mélange efficace.
Une veille qui a été délaissée 2 ans n’est pas belle à voir.

Cela se ressent fortement sur ma veille, complètement délaissée et rongée par les placements de produit. C’est pourquoi je ne donnerai aucun conseil dans cet article. J’ai pour projet de remettre ma veille technique sur les rails, en capitalisant les connaissances acquises à l’École de Guerre Économique. Encore un article promis qui ne sera pas écrit avant des mois.

AvantagesInconvénients
Immédiatement applicableQualité très variable
Facile à partagerBeaucoup de bruit et de drama
Fort investissement pour garder sa veille à jour.

Conclusion

Nous sommes ce que nous mangeons. Cela vaut également intellectuellement. Avec Internet, la tentation du grignotage intellectuel est grande : se former uniquement à la technologie à la mode, en négligeant les ouvrages plus consistants qui nous charpentent l’esprit. Souvent plus difficile d’accès, ils ne livrent leurs secrets qu’à ceux qui prennent le temps d’apprendre à les cuisiner. Cela vaut pour les livres, mais surtout pour les papiers scientifiques. Contrairement à ses camarades d’autres sciences, l’étudiant en informatique n’entend jamais parler de recherche pendant ses études et n’a aucune formation à ce sujet. Si je n’avais pas croisé sur ma route la zététique et le monde de la vulgarisation scientifique, je serai passé à côté d’une source abondante et précieuse de connaissances.

Je termine par un sujet que je n’ai pas évoqué : YouTube ne remplace pas la présence physique aux évènements (colloques, salons, séminaires, etc.). Vous y trouverez plus que des conférenciers accrochés à un micro : une communauté de professionnels avec qui discuter. C’est fondamental.

Enzo Sandré

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Créer une culture de la qualité logicielle.

Parlons indicateurs, performance et surtout incentives. J’ai encore vu cette stupidité sur une offre de mission en Devops :

Imaginons que je sois un joueur sans scrupules, dans un jeu que l’on appelle « développement ». Ces règles du jeu m’encouragent à produire rapidement le code le plus ignoble possible, afin de trouver un maximum de bugs en phase de recette. Je serais ainsi félicité par mon manager et gratifié d’un joli bonus. Mon code sera couvert par des tests de régression, garantissant a minima que l’existant tombe en marche, mais mon intérêt est que chaque nouvelle fonctionnalité soit la plus sale et buguée possible. Ces règles du jeu encouragent les pompiers pyromanes.

Suis-je dans la caricature ? Bien entendu. De tels développeurs sont rares en sortie d’école. Mais ils peuvent le devenir, c’est là toute la magie des incitatifs (incentives en Anglais). Je voulais introduire mon propos en abordant le développement de logiciels sous l’angle de la théorie des jeux.

Psychologie du groupe

Un manager décide de recruter toute une équipe de juniors, en contractualisant leurs objectifs. Au départ, personne ne prête attention à ces indicateurs, ils ne génèrent ni récompense, ni sanction. Chacun fera du mieux qu’il peut, ou pas selon les jours. L’objectif ne deviendra visible qu’après quelques fiches de paie, comparées à la machine à café. Les joueurs prennent petit à petit connaissance des règles.

Prenons deux développeurs de cette équipe. Alice pratique le TDD et ne pousse jamais un code qui ne soit pas dûment testé. Bob modifie le code, vérifie que les tests préexistants passent, mais n’en rédigera de nouveaux qu’en cas de bug. En effet, si un bug recensé réapparaît, c’est une régression, donc un malus sur salaire. Bob est malin.

Arrive le passage en recette. Le code d’Alice ne pose que peu de problèmes. Celui de Bob, non testé, va générer de nombreux bugs. Subjectivement, le manager verra une Alice sereine, faisant ses heures normalement, sans stress. A contrario il observera que Bob ne compte pas ses heures pour débugger le projet, qu’il se défonce, râle et s’épuise pour tenir les délais. Plus objectivement, dans la feuille Excel du manager, Bob aura corrigé plus de bugs qu’Alice.

Bob est prudent, il sait qu’une régression signifie une retenue sur salaire. Il veille donc à tester ses corrections de bugs, en pratiquant un Defect Testing zélé. Tout l’y incite et c’est une bonne chose, mais n’aurait-il pas mieux valu que ces bugs n’aient jamais existé ?

En fin de mois, Bob aura un meilleur bonus qu’Alice. Pire : Bob aura une meilleure image auprès des managers : plus présent, plus impliqué, plus solidaire qu’Alice ! Chez Alice, la frustration monte lentement. Après plusieurs mois, Alice sera excédée. Elle sera engagée sur la pente du ressentiment et mènera les actions suivantes :

  1. Tirer Bob vers le haut. Supposons Alice bienveillante. Elle va expliquer à Bob l’intérêt d’écrire un code de qualité. Or, même s’il est de bonne volonté, Bob n’a pas intérêt à changer. Ne plus générer de bugs, c’est baisser sa rémunération et perdre les faveurs du management ! Alice va donc commencer à …
  2. Haïr le management. Alice garde de bons liens avec Bob, voire essaye de s’en faire un allié. Elle tente de plaider sa cause auprès de la direction, mais la différence subjective d’image ne jouera pas en sa faveur. Elle passera pour la mauvaise élève qui tente de déplacer les poteaux de but, voire pour la collègue pétrie de jalousie. Bob n’a aucun intérêt à aller au delà de l’empathie passive. Alice finira par lui reprocher et en viendra à …
  3. Haïr Bob personnellement. Il ne mérite pas cet argent, il doit payer autrement. Bob ayant les faveurs de la direction, il est difficile de le dénigrer directement. Si elle n’a pas déjà démissionné, Alice baissera ses standards de qualité, afin de que Bob ne bénéficie plus de SON travail. Il veut travailler dans une soue ? Grand bien lui en fasse.

Pour les besoin de la narration supposons qu’Alice n’ait pas démissionné. Elle est devenue un Bob. Son comportement s’est d’abord ajusté par jalousie, pour emmerder Bob. Au fil des mois, sa rémunération augmentant avec l’approbation du management, Alice finira par oublier sa situation initiale. Elle est devenue une meilleure joueuse, considérant les règles en place.

5 ans plus tard, les référents techniques, les managers et les Lead Dev peuvent êtres des Alice ou des Bob, cela importe peu, de différents au départ ils sont devenus totalement interchangeables. Les objectifs peuvent même avoir disparu entre temps, la culture d’entreprise a intégré des pratiques qu’il sera très difficile de changer.

Dans le management des équipes comme dans la mise en orbite de satellites, un petit changement de trajectoire, indolore au départ, peut avoir des conséquences catastrophiques à l’arrivée.

Que faire ? Essai stratégique.

Que faire ? (Lénine) — Wikipédia

J’ai vécu ce qu’a subi Alice, mais je suis parti avant que ma haine du jeu ne se change en haine des joueurs. J’ai pris du recul et élaboré une réponse stratégique à ce problème.

Cette situation est une variante du Théorème du Singe, que l’on retrouve autant en entreprise qu’en politique ou dans les schémas d’usage des technologies. En faisant preuve d’empirisme organisateur, j’ai trouvé à ce jour trois issues pour quiconque refuse de finir comme Alice :

  • La contre-culture. C’est la voie majoritaire actuellement, avec le mouvement de l’artisanat du logiciel (software craftmanship). Devenir indépendant, travailler avec des clients « qui ont compris » (slogan de l’entreprise Arpinum), se fréquenter entre artisans comme sur Okiwi. L’idée est de créer un marché du code de qualité, cohabitant à côté du marché du code de masse.
  • L’entrisme dans le management. En France depuis Vichy, c’est le management qui amorce les changements, la base doit se contenter de suivre. Dans cette voie, le développeur accepte de jouer le jeu, pour mieux injecter son venin chez les grands comptes. Il entre par la porte de la formation, du conseil, du coaching, des RH, bref des fonctions transverses. L’objectif de cette stratégie est de changer les pratiques « par le haut » chez les grands comptes, en espérant les faire basculer et entraîner par mimétisme l’ensemble du marché.
  • Le rapport de forces. Dans ce scénario, Alice tient bon. Elle refuse de céder à la haine de Bob, cède au management sur l’accessoire, mais ne transige pas sur ce qui est fondamental : la qualité. Pour cela il faut une grande détermination et une bonne connaissance du Code du Travail. Le but est d’occuper, de durer, de convertir et de peser. C’est le modèle syndical. S’accrocher, tenir et finir par montrer que l’on a raison, à l’usure.

Je n’affirme pas la supériorité d’une stratégie par rapport à un autre. Je pense même que seul un mélange des trois permettra le basculement vers une culture de la qualité dans le logiciel. Mon propos est d’ouvrir des portes. Trop d’articles se contentent de constater les dégâts de la sous-qualité logicielle, en expliquent les causes et les remèdes sur un plan purement opérationnel et technique. Mon propos est de nature stratégique : Comment faire pour en finir avec les Louvois, les Chorus ou les ONP.

Cet article est le premier d’une tétralogie. Dans les mois qui viennent, je vais détailler chacune de ces pistes, mettant en évidence les avantages et les défauts de chacune. Plus important à mon sens, je souhaite relier chacune de ces stratégies avec des types de personnalités, afin d’orienter au mieux ceux qui veulent que les choses changent dans notre profession.

Enzo Sandré

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3 ans en ESN : Un bilan

ESN : Entreprise de Services du Numérique. Nouveau nom des SSII.
Si ma vie ne vous intéresse pas, allez directement à la partie un bilan.

Comment en suis-je arrivé là ?

Tout a commencé par un beau matin morne, dans l’agglomération parisienne. J’achevais ma formation à l’École de Guerre Économique, sans avoir trouvé d’emploi dans le secteur de l’IE. J’en revins à mon premier et seul métier, le développement. Je recherchais tout sauf un emploi urbain, c’est alors qu’une annonce pour une mission en pré-embauche à Rodez s’est présentée. L’aubaine, malgré mes forts préjugés sur les ESN. Pour 6 mois de pré-embauche je m’en fichais. Quelques jours plus tard, je retrouvai Céline, manager chez Consort, sur le parking du Causse Comtal, dans la charmante commune de Bozouls. La mission a duré 6 mois, dans un environnement tellement beau qu’il a réveillé en moi le vieux démon des solitudes contadines. Il ne m’a plus quitté.

Canyon de Bozouls, Aveyron.

L’embauche n’a finalement pas eu lieu, mais l’excellent suivi de mission de Consort m’a fait accepter une seconde prestation, en attente de trouver un client final, pensais-je toujours à l’époque. Ce fut à Toulouse, chez EDF. Consort m’a aidé dans ma recherche de logement. Quitter Bozouls fut un crève-cœur, surtout pour le tristement célèbre ensemble du Mirail. Mon charmant voisin ruthénois m’avait surnommé « l’estrangé » (avec l’accent), à cause de mes origines charentaises. Qu’aurait-il pensé de mon nouveau domicile !

EDF fut une nouvelle surprise. J’avais troqué Céline contre Anthony, l’éditique contre la gestion de postes, les falaises pour les tours, mais cette mission fut très agréable. Franck H., Ingénieur SI, s’occupait de la partie fonctionnelle, Consort du management et de l’administratif et j’avais pour seul responsable technique … moi-même ! L’absence de pression quant aux délais et la grande liberté que le client me laissait quant aux solutions m’ont permis de livrer un logiciel de très bonne qualité en fin de mission. J’ai fait mes premiers pas dans la formation, avec l’encadrement d’un alternant.

Château de Launaguet, Haute-Garonne.

Après un peu plus d’un an, changement de décor. Je déménage à Launaguet, de l’autre côté de Toulouse, pour une mission chez Geosys, dans l’agronomie. L’équipe managériale change avec Kamil et Lucas, qui me suivront jusqu’au bout. Mon projet professionnel a déjà changé. EDF était une mission très plaisante, mais elle m’a révélé l’absurdité de me déplacer tous les jours au bureau, pour effectuer des tâches que je pourrais accomplir aussi bien à domicile. L’appel de la ruralité continuait de me hanter et le mariage approchant, je commence mes recherches d’une maison en Charente-Maritime, ma terre natale. Cette période a duré pendant plus d’un an, suivie par une seconde mission similaire, chez Techform, à Labège.

Un poste salarié en full-remote m’aurait convenu, mais le management français n’y est pas prêt. Les anglo-saxons ont toujours une décennie d’avance sur nous. Ne souhaitant pas attendre, cela m’a motivé à devenir indépendant, malgré ma phobie administrative. J’ai quitté Consort le 31 mars et je déménage en Charente-Maritime aussitôt le confinement terminé. J’espère pouvoir retravailler avec Consort, ou même avec certaines entreprises dans lesquelles je suis passé.

Un bilan

Le confinement m’a laissé le temps de réfléchir à ces 3 ans ½ de salariat. En apprenti bayésien, j’en profite pour me remémorer les préjugés que j’avais sur les ESN, afin de déplacer mes curseurs de Turing. Rendons-leur justice, elles ne sont pas l’incarnation de Satan sur la terre, mais des entreprises comme les autres, soumises aux mêmes impératifs de rentabilité.

Avertissement : biais

Every Single Cognitive Bias in One Infographic

Cet article est fortement biaisé. Prenez-le comme un témoignage personnel. Il n’est adossé à aucune étude scientifique. Consort est une ESN de taille moyenne, « à taille humaine » comme on dit. Mes propos ne valent sûrement pas pour des ESN plus grosses. Je n’aborde pas non plus le sujet de la commande publique, très différent du monde de la prestation de services « au forfait ».

J’accuse parfois les entreprises pour lesquelles j’ai travaillé de « non-qualité ». C’est péjoratif, mais il ne faut pas le prendre comme une insulte. La non-qualité logicielle est le produit d’un système dans laquelle de nombreuses entreprises sont engluées inconsciemment. En bon corporatiste, je considère dans la plupart des cas mes pairs comme plus responsables que leur management. Haïssons le jeu, pas les joueurs.

Sous-rémunération : Relaxe

On accuse souvent les SSII de payer au lance-pierres. C’est en partie vrai, mais il ne s’agit pas d’autre chose que du prix de marché. Mettez vous à la place du management : vous n’avez pas d’expérience. Vous êtes fraîchement sorti d’une école dont la promotion est une boîte de chocolats : le recruteur ne sait pas sur quoi il va tomber. Le diplôme représente une capacité minimale, pas une garantie de compétence et les promos sortantes sont extrêmement disparates en termes de niveau. C’est d’ailleurs pour cela que les entreprises sont friandes d’alternants : ils ne coûtent presque rien et donnent à l’entreprise 2 ans pour savoir sur qui elle est tombée.

Illustration de l’effet Dunning-Kruger

À cela s’ajoute l’effet Dunning-Kruger. Beaucoup d’étudiants resteront coincés sur la montagne de la stupidité. Ils n’évolueront plus, se croyant déjà experts. Ils deviendront ce que l’on appelle des « Expert Beginners ».

Je ne suis pas un fanatique du libre-marché, mais dans le cas des juniors, le prix qu’il tend naturellement à produire est assez juste. Une fois votre compétence démontrée, vous pourrez renégocier votre salaire. Quelques astuces cependant :

  • Se renseigner sur le montant facturé au client, ce qui vous permet de connaître la marge que fait l’ESN. En négociation le déficit d’information fait le rapport de forces.
  • Lire la convention Syntec, surtout si vous êtes en forfait heure. Vous devez toucher au moins le plafond de la sécurité sociale. Vous trouverez des articles expliquant cela un peu partout.
The Bell Curve. S’applique originellement au QI, mais peut aussi représenter la répartition en terme de compétence à un poste.
  • Après quelques années, apprenez à vous situer parmi les professionnels de même niveau de compétence, sans fausse modestie ni orgueil déplacé. C’est très utile afin de trouver le salaire que vous pensez mériter, par rapport à la moyenne.

Vous pouvez aussi opter pour une autre stratégie : vous préparer à devenir un indépendant et voir votre employeur comme un futur client. Cependant je vous conseille d’attendre de ne plus être étiqueté « Junior » pour le faire. Personne ne fera confiance à un freelance junior, sauf dans les métiers de la création web.

A ceux qui objecteraient que les rémunérations à l’étranger sont meilleures, je répondrai deux choses :

  • Vérifiez le coût de la vie et la présence d’une sécurité sociale aussi englobante qu’en France. Préférer gagner plus, mais être moins couvert est une stratégie personnelle, ni meilleure, ni moins bonne qu’une autre.
  • Faites de l’open-source ou pair-programmez avec des américains ou des scandinaves. Le niveau moyen en sortie d’école m’a toujours paru beaucoup plus élevé qu’en France.

Pour toutes ces raisons, je pense que les ESN méritent une relaxe sur le chef d’inculpation « sous-rémunération », au moins pour les profils junior. Note : je suis parti aussitôt mon étiquette de junior perdue. J’ignore l’état des rémunérations pour les profils expérimentés ou Senior.

Pression psychologique : Disculpation

Les ESN ne gagnent rien quand vous êtes en intercontrat. Nada. Quand vous n’êtes pas en mission ce sont elles qui jouent le rôle d’assurance chômage, en mieux (même salaire, formation, etc.). Il est logiquement dans leur intérêt de presser les prestataires afin qu’ils soient en mission, donc rentables à nouveau. C’est une question de survie pour elles. Sont-elles pour autant des monstres froids, recasant au chausse-pied leurs employés sur la première mission venue ? Ce n’est pas l’impression que j’ai eu. Bien au contraire.

J’ai fait plusieurs périodes d’intercontrat, allant de 2 jours à 2 semaines. Les plus courtes étaient purement utilitaires (déménagement pour changer de mission), les plus longues ressemblaient sensiblement à des vacances, sans avoir posé de congés. Que ce soit à l’agence ou en télétravail, je fus assez libre de faire ce que je voulais, m’autoformer en l’occurrence. Je n’ai subi aucune pression me contraignant à poser des congés ou des RTT. Peut-être est-ce différent ailleurs, mais Consort ne pratique pas ce genre de pressions injustes.

Le niveau de rémunération n’est qu’un avatar du rapport de forces. La capacité à choisir sa mission en est un autre.

Je n’ai pas subi de pression à rester sur une mission décevante, en dehors des impératifs contractuels (les renouvellements de contrat sont trimestriels, il faut finir la période pour ne pas coûter des pénalités à votre ESN). Mon avis est biaisé, car la quasi-totalité des missions sur lesquelles j’ai été placé se sont révélées intéressantes. Quand l’une d’entre-elles m’a déçu, mon manager a organisé tout de suite une médiation avec le client, puis une sortie à la fin de la période contractuelle. Le marché est vaste, je ne vois pas l’intérêt qu’aurait une ESN à forcer ses collaborateurs sur des missions inadéquates.

La disculpation des ESN sur ce point est évidente, sauf si vous tombez sur une ESN ou un manager toxique.

Mercenariat : Coupable, et alors ?

« Marchands de viande », l’expression a le mérite d’être parlante.

Un surnom courant des ESN est « marchands de viande ». L’appellation est vulgaire, mais a le mérite d’être parlante. Un prestataire en ESN est comparable à un mercenaire.

Il n’y a rien de péjoratif dans ma bouche. Mercenaire est un métier comme un autre, surtout pour quelqu’un de rompu à la guerre économique. Si c’est souvent une obligation pour le junior, fraîchement sorti de son école, travailler en ESN devient un choix de carrière pour les profils plus expérimentés.

Le mercenariat n’interdit pas la loyauté, j’ai vu des prestataires et des managers entamer une relation de confiance sur le long terme avec leurs clients. Sur un marché concurrentiel comme les services en informatique, c’est un moyen de se démarquer. Il ne faut cependant pas perdre de vue que l’ESN obéit, comme toute entreprise, prioritairement à une logique de rentabilité. Les fanatiques de la gratuité, de l’open-source ou de l’esprit « rugbymen » des startups, ont rarement leur place en ESN.

Oui les ESN sont coupables d’être des mercenaires, et alors ? Ils proposent une offre bien différente des « armées régulières » que sont les clients finaux, qui conviendra à ceux qui souhaitent changer fréquemment de mission, tout en gardant la sécurité de l’emploi.

Qualité logicielle : Disculpation

Accuser les ESN pour le manque de qualité du code est un lieu commun chez les artisans du logiciel. « Code de SSII » est même devenu une insulte, servant surtout à désigner les abominations d’État, qui coûtent chaque année des millions d’Euros en maintenance et malfaçons (Louvois, ONP, etc.). Pour moi, les ESN ne sont pas responsables. Je n’ai aucune étude pour appuyer mes propos, juste un témoignage à prendre comme tel.

Il fallait qu’un bâton de chaise fût bien fait. C’était entendu. C’était un primat. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire, il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le patron, ni pour les connaisseurs, ni pour les clients du patron, il fallait qu’il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, dans son être même.

Charles Péguy, Mystique et Politique

Il se trouve que je suis têtu et particulièrement intransigeant sur la qualité de mon code. Certains clients comprenaient parfaitement cela et me faisaient confiance sur les délais. D’autres imposaient la cadence et se retrouvaient fort marris lorsque j’annonçais un retard sur la date de livraison, date qu’ils avaient souvent sorti de leur chapeau. Bien des collègues, prestataires ou non, résignés après des années dans de tels contextes, préféraient obtempérer et baissaient leurs standards de qualité. Ainsi naissait le fameux effet « boule de merde ».

L’effet « boule de merde ». La non-qualité ralentit les développements futurs. La pression sur les délais diminue encore la qualité. Cercle vicieux.

Je n’accuserai donc pas les ESN du déficit de qualité. Ce serait trop facile et parfaitement injuste. Certaines prestations m’ont permis de développer sereinement un code de grande qualité, d’autres furent un parcours du combattant où il fallait arracher au client des délais corrects. Certaines entreprises ont une culture de la qualité bien ancrée chez leurs salariés, ce qui force les prestataires à ôter leurs moufles avant d’entrer. D’autres ont des équipes parfaitement résignées à la non-qualité, le turnover des prestataires – libres de partir facilement, contrairement aux CDI – et l’hypothèse de la vitre brisée faisant le reste.

J’irai plus loin. Les ESN permettent aux développeurs soucieux de la qualité de quitter rapidement de contextes insatisfaisants. Les contrats sont fréquemment signés au trimestre. C’est assez de temps pour se montrer pédagogue avec un client. S’il ne comprend toujours pas l’intérêt de la qualité, il est temps de partir. Mon erreur de jeunesse fut sans doute d’avoir compris cet avantage trop tard.

Pour moi, les ESN ne méritent pas l’accusation d’encourager la non-qualité logicielle.

Indépendant : quelle différence

Je suis indépendant. En théorie je gagne (beaucoup) plus que lorsque j’étais prestataire. N’allons pas trop vite en besogne cependant. Il ne faut pas confondre recettes et bénéfices, surtout dans l’enfer fiscal qu’est la France.

L’ESN paye apparemment moins bien, mais elle vous décharge de très nombreux risques (chômage, maladie, litiges) ainsi que de fonctions coûteuses (formation, administratif, prospection, relation client). Être indépendant c’est choisir une grande liberté, mais passer également plus de temps sur autre chose que votre métier. C’est un choix ! Mes projets m’ont poussé à prendre ce chemin, mais il ne convient pas à tout le monde.

J’ai réalisé ce diagramme pour vous aider à y voir plus clair. Pléthore de chemins existent, tant que vous savez ce que vous pouvez et voulez faire. Je déconseille cependant formellement aux phobiques administratifs de devenir freelance, surtout avec des structures lourdes comme des EURL. Prenez dans tous les cas un bon comptable*.

J’espère que mes conseils d’ex-junior en ESN vous auront servi, j’ai essayé d’y mettre tout ce que le moi d’il y a quelques années aurait aimé savoir !

* Cette publicité pour mon comptable est purement gratuite.

Enzo Sandré

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Vie de freelance

Projets futurs

Au départ créé comme un simple dépôt de mes articles publiés dans divers médias, ce blog s’est au fil du temps étoffé de quelques réflexions sur la Technique. Il n’a jamais été très actif, mais j’ai toujours tenu à le garder. Certains articles ont mal vieilli et l’envie de les refaire me démange, mais j’ai choisi de les assumer, partiellement par paresse, partiellement pour me rappeler que j’évolue, pas forcément toujours en mal.

A l’ancienne adresse de ce blog enzosandre.fr se trouve désormais mon site professionnel, vitrine de mes activités en tant qu’artisan-développeur. C’est la première nouvelle : je quitte la routine du salariat afin de devenir indépendant. Je n’entre pas dans les détails, tout est sur mon site. Ce blog a donc déménagé à cette adresse et devient de fait une annexe de mon site. J’espère trouver le temps d’écrire à nouveau pour l’alimenter. Le cumul des trop nombreuses activités ces dernières années m’ont contraint à cesser la rédaction. Qu’elle soit journalistique ou plus personnelle, la plume me démange et j’espère trouver le temps de la reprendre.

Une nouvelle vie

Ce blog change car ma vie change radicalement depuis bientôt une année. Je suis marié à une enlumineuse. Je viens de quitter mon poste en CDI à Toulouse pour ouvrir mon atelier logiciel comme indépendant. Mon épouse et moi rentrons dans ma Charente natale où nous espérons prochainement acheter une maison. Autour de cet exode urbain se structurent de nombreux projets.

Aucune description de photo disponible.
Extrait du chef d’œuvre de mon épouse sur le thème de Charlie et la chocolaterie.

Tous ces changements prennent du temps, il m’a fallu faire des choix. Je lis peu, je travaille trop, mes réflexions sont au point mort, sale temps pour alimenter un blog déjà tari.

Notre projet est de partager notre temps entre nos métiers respectifs, la vie de famille et une activité de permaculture vivrière. Au départ, contraintes financières obligent, nos métiers occuperont la majeure partie de notre temps. Le développement de notre ferme doit permettre d’augmenter notre autonomie, donc de diminuer nos dépenses et notre besoin de travailler pour gagner notre croûte. L’objectif est de nous libérer du temps pour exercer nos métiers au service de projets non lucratifs.

Dès mes débuts comme indépendant je ne travaillerai que quatre jours par semaine, majoritairement à domicile, comme le nom d’Atelier logiciel le laisse entendre. Le cinquième jour se partagera entre projets personnels et affûtage de mes compétences par la veille et l’expérimentation. Les deux derniers jours sont laissés à la famille et aux projets autour de la ferme et de la maison.

J’espère avoir un jour l’occasion d’expliquer la philosophie à l’origine d’un tel mode de vie. En attendant, je vous souhaite à tous de belles choses.

Enzo Sandré