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Notes personnelles

World of Warcraft, qu’en reste-t-il ?

Je suis de la génération Wrath of The Lich King, sorti lors de mes années lycée, en 2008. Je jouais sur serveur privé, un lycéen étant rarement fortuné. J’ai assisté ému à la cinématique de fin qui a marqué toute une génération. Je suis revenu en jeu à l’occasion de Shadowlands, dont le marketing cible clairement les anciens de WoTLK. Il serait osé de dire que le jeu se porte bien, pourtant l’œuvre artistique demeure impressionnante. Étrange paradoxe dont seul Blizzard a le secret et qui constitue un cas d’école de mécénat par crowdfunding, qui dure depuis 16 ans.

Ma madeleine de Proust

J’ai arrêté WoW lors de ma première année d’études, principalement à cause de querelles dans le staff, que le débranchement du serveur par la justice est simplement venu cesser. J’ai décroché, c’est peut être mieux pour moi, je n’aurai pas pu assumer mon temps de jeu longtemps sans échouer mes études.

J’ai suivi l’actualité de WoW d’un œil car certains camarades y jouaient, mais la perte de ma progression était trop récente et mon budget trop fragile pour jouer sur « offi ». En 2018, par le hasard de l’algorithme de YouTube, je tombe sur des remix de musiques du jeu. Les musiques réveillent des souvenirs d’adolescence, je les passe en boucle pour travailler, jusqu’à aujourd’hui. Puis vint LA musique. Celle qui venait récompenser des mois d’efforts intenses, la madeleine de Proust d’une nuit trop écourtée.

Invincible. Les souvenirs sont remontés d’un coup. Et j’ai replongé. Battle for Azeroth venait de sortir après un Legion dont tout le monde faisait l’éloge. J’ai créé un mage, une classe nouvelle pour moi. Et j’ai passé bien trop d’heures à ne pas jouer à BfA. La magie n’opérait pas. Trop de choses avaient changé dans le jeu, le gameplay et la communauté. Et je n’avais plus le niveau d’antan. J’ai donc commencé à devenir un touriste, un joueur qui explore tranquillement l’ancien contenu. J’ai redécouvert Burning Crusade et surtout WoTLK, terminant l’ensemble du contenu sur près d’un an.

Ma playlist ne se limitait pas à ces contenus. C’est d’abord par l’oreille que j’ai connu Mists of Pandaria, Warlord of Draenor ainsi que Cataclysm. J’ai parcouru l’ensemble du contenu, là aussi, sur encore une autre année.

En 2020, Shadowlands est sorti, avec ma génération de joueurs pour cible. Uther, Arthas, Bolvar, la Couronne de Glace et j’en passe. Après une introduction aussi épique qu’attendue et un premier raid vraiment amusant, j’ai eu l’impression de revenir dans un monde que je n’avais jamais quitté. La différence avec l’extension précédente ? J’ai trouvé une petite guilde accueillante. Dans ce grand creux entre la 9.1 et une suite, qui pourrait arriver tard et se révéler une mauvaise fin, j’ai arrêté de jouer. Farmer n’est pas amusant et le gameplay schlingue la sauce trop allongée, le wokisme et la manie de l’e-sport n’arrangeant rien.

Pourtant, même dans cet immense naufrage vidéoludique, Blizzard garde le cap sur deux invariants. Et quels invariants ! Les raids et le contenu artistique, les deux choses qui rendent le jeu unique. Les raids hebdomadaires en guilde restent ma seule activité sur le jeu et je ne regrette pas de payer mon abonnement au plein tarif.

Du crowdfunding artistique qui fonctionne ?

En vérité, je ne paie pas mon abonnement mensuel pour exploiter en boucle un contenu trop répétitif. Je vois mon abonnement comme un mécénat envers l’équipe artistique à l’origine du jeu. Je paie une œuvre immense qui survivra à notre temps, pas des serveurs trop vite débranchés à l’échelle de notre histoire.

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Sylvarden, dans l’extension Shadowlands. Le niveau ne faiblit pas.

J’ai l’intime conviction que ces musiques, ces récits, ces paysages, nous survivront même si leur support technologique passe. Les non-joueurs n’ont pas plus que les hardcore gamers la chance de se plonger dans cette immense œuvre audiovisuelle, d’une richesse et d’une longévité incroyable. WoW marque, car s’il y a bien un élément qu’aucune extension n’a négligé, c’est la direction artistique. De grands compositeurs sont sortis des rangs de Blizzard et tous ont laissé leur trace dans un nouveau genre musical, enfant de la musique de film, sans en être le clone.

Même lors des pires creux dans le contenu, même lorsque des décisions déplorables, un management toxique ou une pandémie mondiale rendent le jeu médiocre en tant qu’artefact ludique, WoW reste l’immense œuvre artistique qu’il a toujours été. Je ne garantis pas que je continuerai à jouer si la crise actuelle persiste. Je continuerai cependant d’apprécier l’œuvre que Blizzard laisse en héritage au monde (que ses avocats soient d’accord ou non). Je continuerai de savourer la musique, un peu partout, le lore grâce à l’immense Sam Vostok et les décors par une plongée occasionnelle dans l’ancien contenu. Et parfois un raid avec des gens que j’apprécie, même si j’ai fait le deuil il y a des années de mon ancien niveau.

Un historien prend le pari d’expliquer l’histoire et ses leçons à travers celle de Warcraft.

Pour toutes ces expériences artistiques et sociales, malgré tout, merci
Non, pas toi.Activision-Blizzard.

Enzo Sandré

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