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Se former en artisan

En entreprise, il est rare que l’on puisse choisir ses formations. L’anticipation des besoins par le management détermine souvent le calendrier. Chez l’indépendant et plus encore l’artisan, se former tient de l’exigence et de la discipline personnelle.

En entreprise, il est rare que l’on puisse choisir ses formations. L’anticipation des besoins par le management détermine souvent le calendrier. Chez l’indépendant et plus encore l’artisan, se former tient de l’exigence et de la discipline personnelle.

Préparation de boutures, en vue de créer des haies. Une des premières choses à faire en s’installant c’est de délimiter les espaces.

Avoir arrêté le salariat puis la régie m’ont permis de reprendre le contrôle de mon temps. Ne plus avoir un client à temps plein, mais plusieurs en parallèle offre de nombreux temps morts, de quelques heures à plusieurs jours. Les plus longs sont employés à renforcer mon autonomie. Quelque soit la saison, les travaux ne manquent pas. Les plus courts offrent moins de liberté. Sortir puis ranger les outils prend du temps. De surcroît, le cerveau déteste les changements de contexte et perd du temps à s’y retrouver. Mieux vaut donc rester dans le même type d’activité. La formation continue est une bonne candidate pour occuper ces espaces libres de moyenne taille, entre une demi-journée et une heure. En deçà, une pause reste le meilleur investissement.

Voilà réglée la question de « quand se former ». Mais que faire ? Je vous livre ma recette personnelle, sans prétendre avoir une quelconque autorité.

Je me forme en utilisant 3 familles de sources, chacun ayant sa propre temporalité. Ce diagramme résume grossièrement l’intérêt de chaque source. La science et les livres offrent un savoir solide, vérifié et souvent conçu pour durer. Ce n’est pas la priorité sur Internet, qui est plus volontiers un lieu de débats et d’essais. Ce schéma simplifie la réalité. Des blogs comme ceux de Mark Seemann ou de Martin Fowler n’ont rien d’éphémère et il n’est pas rare de voir un chercheur ou un éditeur publier sur le sujet à la mode. Comme tout modèle, ce diagramme est faux, mais utile.

La suite de ce papier présente chacune de mes sources de connaissance. Vous pouvez sauter directement à celle qui vous intéresse.

Les livres

Chaque métier a ses auteurs de référence. Le nôtre n’y échappe pas. Martin Fowler, Uncle Bob Martin, Osherove, Hunt&Thomas, etc. Je ne ferai pas la liste complète de ma bibliothèque pro, vous trouverez des listes de « Must have » à foison sur Internet. Un bon livre est une somme de savoir robuste, une brique de base dans la formation continue d’un développeur.

Le coût des ouvrages techniques est un premier frein à l’acquisition. 50€ n’est pas un prix exceptionnel pour ce genre d’ouvrages, gros et à faible tirage. Les plus demandés sont rarement disponibles d’occasion. Cet inconvénient est accentué pour les auto-entrepreneurs, qui ne peuvent pas acheter ces ouvrages net de TVA. Enfin, j’ai horreur d’annoter les livres, ce qui oblige à multiplier les post-it peu élégants.

Quelques classiques que je recommande.

Avoir des livres est obligatoire pour un développeur, on ne peut pas faire sans et tout savoir supplémentaire s’appuiera sur ce socle. Si vos étagères sont vides, je recommande de commencer par là. Ce n’est qu’ensuite que vous pourrez explorer ce que les chercheurs et les praticiens ont produit de plus récent.

Pour trouver des bons livres, j’ai deux méthodes : demander des recommandations dans la communauté et regarder les livres les plus cités dans les papiers scientifiques. J’ai ainsi de bonnes chances de ne pas investir dans des ouvrages décevants. Je me prive des dernières sorties, mais je l’accepte car ce n’est pas pour cela que j’acquiers des livres.

AvantagesInconvénients
Haute densité de connaissancesPrix élevé
Savoirs fondamentaux

Papiers de recherche

La collecte et la lecture de papiers de recherche représente environ 2/3 de mon temps de formation. Environ la moitié est de la lecture. Le reste est employé à suivre les références, classer, imprimer et télécharger les articles.

Les articles scientifiques sont complémentaires des livres : ils apportent des connaissances fraîches, tout en restant solides donc capitalisables sur le long cours. Toutefois, les articles ne sont pas à la portée de n’importe qui.

  • Un débutant aura mieux fait de lire les classiques et de pratiquer quelques années, sans quoi le savoir scientifique risque de lui paraître aride et très abstrait, faute qu’il ait rencontré des cas d’applications dans sa maigre expérience.
  • Un anglophobe n’aura simplement pas accès à 99,99% des papiers. L’anglais étant le latin de l’informatique, s’y mettre n’est pas une option.
  • Une personne non-familière avec le formalisme des articles scientifiques et les circuits de validation ne saura pas estimer correctement le degré de confiance à accorder à un article.

Ces précautions signalées, je vais partager ma méthode. Cela fait 3 mois que je la raffine et l’emploie avec succès.

Le classeur où je range les articles que je souhaite conserver.
  1. Tout commence avec une bête recherche Google Scholar sur des sujets très vagues. Plus ils sont vagues mieux c’est, nous verrons pourquoi ensuite.
  1. Les résultats arrivent par mail, j’effectue un premier tri selon le titre. Puis selon l’abstract. Je stocke les articles intéressants pour les imprimer par lots (je déteste lire sur écran des documents longs).
  2. Vient le temps de la lecture. J’effectue une première lecture superficielle rapide. Elle me permet de constituer 2 piles. La première sera relue plus en détail ultérieurement. La seconde ne servira qu’à en extraire les références intéressantes (c’est notamment le cas des méta-études, pas toujours utiles aux non-chercheurs).
  3. J’extrais les références de tous les papiers lus. Elles seront mêlées aux résultat de Google Scholar afin d’effectuer l’itération suivante. Les livres référencés sont notés dans un carnet. Le livre le plus cité a de fortes chances d’être commandé.
  4. Je classe les papiers que je souhaite garder par grands thèmes, avec pour chacun un post-it résumant son intérêt et éventuellement des marque-page. Ils sont intensément surlignés.

Un cycle complet prend environ une semaine. Je n’ai pas encore trouvé de méthode viable pour gérer les périodes d’intense activité scientifique. Pour l’instant les papiers non-lus s’accumulent sans constituer un inconvénient majeur. L’ordre de lecture est parfaitement arbitraire, je lis selon mes envies.

AvantagesInconvénients
Savoir solide, souvent vérifiéDifficulté de lecture
Les techniques de demainTri long et difficile

Vidéos, blogs et podcasts

L’avis des praticiens est chez moi la dernière famille de sources par ordre de priorité. Cela pour de nombreuses raisons :

  • Tenir une veille à jour est éreintant. Tout bouge très vite. Un bon outillage est nécessaire, mais il ne fait qu’atténuer légèrement la pénibilité du travail de sourçage.
  • La communauté produit beaucoup de bruit et de drama. Beaucoup d’éminents professionnels ont du mal à séparer leur expertise de leurs opinions tranchées, surtout lors des grands évènements politiques. Quand les canaux « opinions » et « expertise » ne sont pas distincts, même le meilleur outil de veille est englué dans le bruit.
  • Je trouve tout simplement mon bonheur dans les deux sources précédentes. La solidité des grands auteurs mâtinée des dernières découvertes des chercheurs est un mélange efficace.
Une veille qui a été délaissée 2 ans n’est pas belle à voir.

Cela se ressent fortement sur ma veille, complètement délaissée et rongée par les placements de produit. C’est pourquoi je ne donnerai aucun conseil dans cet article. J’ai pour projet de remettre ma veille technique sur les rails, en capitalisant les connaissances acquises à l’École de Guerre Économique. Encore un article promis qui ne sera pas écrit avant des mois.

AvantagesInconvénients
Immédiatement applicableQualité très variable
Facile à partagerBeaucoup de bruit et de drama
Fort investissement pour garder sa veille à jour.

Conclusion

Nous sommes ce que nous mangeons. Cela vaut également intellectuellement. Avec Internet, la tentation du grignotage intellectuel est grande : se former uniquement à la technologie à la mode, en négligeant les ouvrages plus consistants qui nous charpentent l’esprit. Souvent plus difficile d’accès, ils ne livrent leurs secrets qu’à ceux qui prennent le temps d’apprendre à les cuisiner. Cela vaut pour les livres, mais surtout pour les papiers scientifiques. Contrairement à ses camarades d’autres sciences, l’étudiant en informatique n’entend jamais parler de recherche pendant ses études et n’a aucune formation à ce sujet. Si je n’avais pas croisé sur ma route la zététique et le monde de la vulgarisation scientifique, je serai passé à côté d’une source abondante et précieuse de connaissances.

Je termine par un sujet que je n’ai pas évoqué : YouTube ne remplace pas la présence physique aux évènements (colloques, salons, séminaires, etc.). Vous y trouverez plus que des conférenciers accrochés à un micro : une communauté de professionnels avec qui discuter. C’est fondamental.

Enzo Sandré

1 réponse sur « Se former en artisan »

Top le graphique!
Pour ma part, je ne suis pas indépendant, mais j’ai adopté la formation continue dans mon équipe en commençant chaque journée par 30 minutes de ‘good morning learning’. Il y a peu de context switch parce que c’est la première chose qu’on fait. On passe 20 minutes à étudier quelque chose (ce qu’on veut) et 10 minutes à restituer aux autres dans l’équipe. On a commencé ça au premier confinement, et ça continue encore maintenant!
Merci pour ton article

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